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  • Photo du rédacteurSerge Leterrier

Cercle des neiges

Cercle des neiges

De Juan Antonio Bayona


Un article de Serge Leterrier

 

- Je suis mort le 11 décembre 1972, dans mon sommeil -

« Il n’y a pas de plus belle preuve d’amour que de donner sa vie pour ses amies » Numa Turcatti Pasquera (1947/1972)

 

Aujourd’hui, je vous transmets un article différent des  autres, car ce film, « Cercle des neiges » de Juan Antonio Bayona, disponible sur la plateforme Netflix,  m’a profondément touché dans ma chair, mais aussi dans mes tripes. Il  a complètement bouleversé ma vision de l’existence et mes fondations que j’avais construite jusqu’à aujourd’hui… Une immense claque où les valeurs morales s’entrechoquent avec ce qu’il y a de plus beau dans l’humanité. La citation qui instruit ce post, est le message de Numa Turcatti (Enzo Vogrincic), l’un des  passagers   du Vol Fuerza Aérea Uruguaya 571, qu’il a laissé à ses amis avant de mourir. Il résume à lui seul le contenu de ce long métrage, basé sur une histoire vraie… Avec cet article, je rends hommage à Numa et ses amis, morts ou vivants  et à tous les hommes de la terre qui ont fait d’un sacrifice une œuvre collective…

 

Me concernant,  ce film mérite l’Oscar du meilleur film étranger, un avis tout à fait personnel qui prendra effet le 10 mars… Mais dans cette catégorie, un autre film Io Capitano fait office de challenger (NDLR : article de Marie Ange Barbancourt du 10 février 2024  https://www.diamont-history-group.info/post/io-capitano). Un long-métrage italien aussi fort dans l’approche, les sensations  et les émotions. C’est donc au jury de l’Académie des Oscars d’en décider.


Numa Turcatti (Enzo Vogrincic) - Photo ©Netflix

L’histoire

En octobre 1972, le vol Fuerza Aérea Uruguaya 571 transporte une équipe de rugby uruguayenne au Chili. L'appareil s'écrase dans la cordillère des Andes. Les survivants, bloqués dans un environnement très hostile, doivent prendre des mesures extrêmes pour survivre.

 

Un grand choc dans mes principes et pourtant si proche de ce que ce film diffuse. Une incroyable leçon d’humanité qui dépasse les frontières de notre discernement… Il faut le vivre, ressentir  ce bouleversement total qui fait la monstration, ici, en nous,  juste après le crash. Et surtout  ouvrir sa conscience pour accepter le pire qui progressivement devient le meilleur dans une fraternité collective soudée par la souffrance, la peur, le désespoir de tout un chacun et la douleur de prendre aux êtres que l’on aime, le meilleur d’eux-mêmes. Accepter cette offrande  comme une eucharistie en connexion avec un entre deux mondes où tout devient possible sur l’arbre de vie, dans l’allégeance du cœur… Le réalisateur a eu l’intelligence d’éviter ce côté mystique et religieux pour ne pas dogmatiser cette histoire et la rendre ridicule. Le souffle d’humanité et d’humilité est amplement suffisant pour consacrer ce film et c’est cette justesse et la sobriété des propos qui touchent notre sensibilité. Le journaliste, que je suis, peut le faire à travers  sa respiration personnelle, s’imprégnant de l’émotion et des perceptions éthériques que lui souffle cette histoire.

 

Cette nouvelle adaptation du livre "La sociedad de la nieve", écrite par le journaliste uruguayen Pablo Vierci, a complétement déstabilisé mes fondations d’homme dans son devenir.   En devenant plus mature,  nous faisons preuve d’hypersensibilité certes, mais de ressentir, dans cette immersion cinématographique, des  sensations extrêmes et inconnues  qui n’ont ni mot ni expression dans notre réalité quotidienne, est une véritable prouesse. Un film impactant et  personne, je le pense sincèrement, ne peut en sortir indemne. Décrire ce type d’émotions est de l’ordre du spirituel où la chair se fait homme et l’homme se fait chair pour nourrir l’espoir de cette « survivance ». La violence du crash est d’une réalité époustouflante et c’est celle-ci qui va nous entraîner dans un rythme effréné vers l’ineffable pour  nourrir nos émotions dans une apnée provoquée de 2 h 25. Glaçant, éprouvant, stupéfiant, merveilleux aussi dans cette chaîne humaine où chacun, même les morts, ont leur place. Il y a peu de qualitatifs pour définir et expliquer ces ressentis. A moins d’être insensible à la vie et à son vivant le spectateur ne peut qu’être réceptif à ces chocs physiques, psychologiques répétitifs avec cette exhalaison latente, parfum de la mort, celle ou le cœur saigne quand des amis, famille ou parents nous quittent. C’est aussi ça le cinéma espagnol dans sa subtilité, sa sensibilité et dans cette frange pluridimensionnelle qui accueille le plus souvent nos grandes émotions…


Affiche - Photo ©Netflix

Lors d’un entretien,  Roberto Canessa confiera, en 2016, au National Géographic :

 

« J'ai failli abandonner lorsque l'avalanche nous a frappée, mais l'un des gars m'a dit : "Roberto, tu as de la chance de pouvoir marcher pour nous tous". Ce fut comme une injection d’héroïsme dans mon cœur. Il avait les jambes cassées, mais je pouvais marcher. Ma mission n'était pas de penser à ce qui était le mieux pour moi, mais à ce qui était le mieux pour le groupe ».

 

En décembre, les survivants n'étaient plus que 16 et furent confrontés à un choix : attendre la mort ou trouver de l'aide.

 

 « Je viens d'un avion qui s'est écrasé dans les montagnes. Je suis Uruguayen. Nous marchons depuis une dizaine de jours. Quatorze autres personnes sont restées dans l'avion. Elles sont également blessées. Nous n'avons rien à manger et ne pouvons pas partir. Nous ne pouvons plus marcher. S'il vous plaît, venez nous chercher ».

 

Pouvait-on lire sur la lettre écrite par deux des survivants de l’accident d’avion, Fernando Parrado appelé « Nando » (Agustín Pardella)  et Canessa (Matías Recalt), qui ont décidé de se lancer dans une mission de sauvetage. Cette lettre attachée à une pierre pour l’envoyer au berger qu’il venait d’apercevoir.


Image du film ; l'avalanche - Photo ©Netflix

Laissons de côté mes émotions, même si celles-ci sont attachées à ma sensibilité de spectateur et revenons au film dans sa construction et son écriture cinématographique. Le réalisateur espagnol, Juan Antonio Bayona a réalisé avec  Cercle des neiges  un film  très   ambitieux empreint de spiritualité, d’humanisme et d’un véritable questionnement sur l’acte établi. Le cinéaste a préféré suggérer cet acte de cannibalisme de survie plutôt que de  le montrer, en respect des familles de victimes. Mais la suggestion est pour moi le facteur déclencheur de ces émotions turbulentes qui nous engagent dans un choix que l’on est incapable de faire, dans le confort de notre fauteuil. Même en immersion totale, comme si nous étions derrière ce hublot glacé de l’avion par la vision que l’on a de cet extérieur inconcevable… La question reste posée, à chacun d’apercevoir les prémices d’une réponse, si réponse il y a. Un autre moteur de ce film sont les paysages majestueux et impressionnants rajoutant une touche d’inaccessibilité et de sacré dans cette expérience traumatisante. Un chemin initiatique vers l’absolu avec, comme principal guide, ce goût amer qui s’accroche au palais.


La distribution du film est vraiment parfaite  avec des acteurs hautement performants dans l’incarnation de leur personnage. En deux heures, ils deviennent tous nos amis, font partie de notre famille, ils sont aussi nos fils et lorsque  Muna Turcatti  meurt (le dernier décès et voix off bouleversante durant la quasi-totalité du film) dans une lumière d’espérance, laissant pour ceux qui restent ce message pour le moins poignant, que j’ai mis comme incipit à l’article, les émotions reprennent le dessus embuant mes yeux et troublant mon regard sur la vie.

Un film d’une grande intelligence et d’une impressionnante  sensibilité se diffusant dans cette histoire vraie où la mort est omniprésente, où la vie  fond, comme la neige, pour  exister dans une  foi exacerbée, dépassant dans une unité quasi fraternelle les frontières de cet ailleurs. Un film magistral et inspirant du cinéaste espagnol Juan Antonio Bayona que je recommande vivement…. Un conseil, n’oubliez pas vos mouchoirs !



Après 72 jours perdus dans les Andes, les 16 rescapés ont été  sauvés. Les restes de ceux qui n’avaient pas survécu n'ont jamais quitté les Andes et ont été enterrés près de l'endroit où ils sont morts.

 

« On ne peut pas se sentir coupable d'avoir fait quelque chose que l’on n'a pas choisi de faire… » A déclaré Roberto Canessa au Washington Post en 1978. « … Pour nous, franchir ce pas a été une rupture définitive dont les conséquences ont été irréversibles. Nous n'avons plus jamais été les mêmes », explique-t-il dans ses mémoires.

 

Comme nous pourrions l’exprimer oralement et à l’écrit dans le langage des oiseaux :

 

« Sein-Serrement ! »

 

Image du film - Photo ©Netflix


 

 

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