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  • Photo du rédacteurSerge Leterrier

Rendez-vous avec Pol Pot

Rendez-vous avec Pol Pot

Les larmes du Cambodge


Par Anthony Xiradakis

 

« La seule chose qui permet au mal de triompher est l’inaction des hommes de bien. » Edmund Burke

 

Voyage au cœur des ténèbres

 

Un rendez-vous avec le pire de  l’Histoire, et  ceux qui l’écrivent.  Certains noms résonnent comme des échos sinistres. Pol Pot, l’ancien dirigeant du Kampuchéa démocratique (aujourd’hui le Cambodge), est l’un de ces noms. Son règne brutal et meurtrier, qui a duré de 1975 à 1979, a laissé une empreinte indélébile sur le pays et ses habitants.


Ce film aussi fascinant que dérangeant nous entraîne dans un voyage au cœur de l’obscurité, à la rencontre de l’homme derrière le génocide cambodgien. À travers des images d’archives, des témoignages poignants et des entretiens avec des survivants, le réalisateur nous plonge dans l’univers de terreur et de folie qui a marqué ces années sombres ainsi que sa vie, pour les avoir vécu  de l’intérieur.


Irène Jacob dans le film Rendez-vous avec Pol Pot - Copyright Dulac Distribution

Le film explore les motivations de Pol Pot, sa vision délirante d’une société idéale, et les conséquences dévastatrices de ses politiques radicales. Il nous rappelle que derrière chaque dictateur se cache une humanité déchue, une quête de pouvoir absolu qui détruit tout sur son passage.

 

Alors que nous suivons ce « rendez-vous » avec l’histoire, nous sommes confrontés à des questions essentielles :

Comment un homme peut-il se transformer en bourreau ?

Comment une nation peut-elle sombrer dans la barbarie ?

Et surtout, comment éviter que de tels événements se reproduisent ?

 

Des question qui a travers ce film  nous invite à réfléchir, à nous souvenir, et à ne jamais oublier les leçons tragiques du passé.

 

Synopsis

 

1978. Depuis trois ans, le Cambodge, devenu Kampuchéa démocratique, est sous le joug de Pol Pot et ses Khmers rouges. Le pays est économiquement exsangue, et près de deux millions de Cambodgiens ont péri dans un génocide encore tu. Trois Français ont accepté l’invitation du régime et espèrent obtenir un entretien exclusif avec Pol Pot : une journaliste familière du pays, un reporter photographe et un intellectuel sympathisant de l’idéologie révolutionnaire. Mais la réalité qu’ils perçoivent sous la propagande et le traitement qu’on leur réserve va vont peu à peu faire basculer les certitudes de chacun.


Affiche - Copyright Dulac Distribution

Pol Pot

Le bourreau cambodgien

 

Pol Pot, dont le nom de naissance est Saloth Sâr, était un homme d’État cambodgien et le chef des Khmers rouges.

 

Voici un bref aperçu de sa vie et de son règne :

 

Saloth Sâr est né le 19 mai 1925 dans une famille sino-khmère. Son grand-père a participé à la révolte de 1885-1886 contre les Français. La famille Saloth était une famille de notables paysans établie à Prek Sbauv, dans la province cambodgienne de Kampong Thom.

 

Après avoir dirigé la guérilla khmère rouge pendant la guerre civile, Pol Pot est devenu le principal chef du régime communiste cambodgien en 1975. Il a instauré un État communiste appelé « Kampuchéa démocratique » et a exercé le pouvoir en tant que dirigeant de facto, puis officiellement en tant que Premier ministre de 1976 à 1979.

 

Le régime de Pol Pot a été marqué par la terreur, la répression et le génocide. Les politiques de son gouvernement ont entraîné la mort d’environ 2 million de personnes, soit près de 25 % de la population cambodgienne de l’époque.

 

Pol Pot a été chassé du pouvoir par l’invasion vietnamienne en 1979. Après cela, il a continué de diriger les maquis khmers rouges qui ont poursuivi la lutte contre les Vietnamiens. En 1997, malade, il a été destitué et arrêté par son propre mouvement, et il est décédé un an plus tard.


Irène Jacob , Bunhok Lim , Grégoire Colin - Copyright Dulac Distribution

L’Œuvre Obsédante de Rithy Panh

 La Quête de la Vérité

 

Rithy Panh, né en 1964 à Phnom Penh, a consacré plus de deux décennies à explorer les cicatrices profondes laissées dans son pays par Pol Pot et son régime des Khmers rouges.

Ce qui rend la démarche de Rithy Panh unique, c’est sa volonté de donner vie à cet « auto-génocide ». Dès 2003, avec le documentaire marquant « S21, la machine de mort khmère rouge », il a plongé dans l’horreur du centre de torture et d’exécution de Tuol Sleng, dirigé par le sinistre « Douch » (1942-2020). Depuis, il a continué à explorer ces ténèbres à travers une série de films. Le cinéaste a vécu l’horreur du régime des Khmers rouges et a perdu sa famille pendant cette période. C’est un rescapé du génocide cambodgien. Certains estiment que sa perspective personnelle peut influencer son œuvre, tandis que d’autres la considèrent comme une force, car elle apporte une authenticité émotionnelle.

 

Rendez-vous avec Pol Pot

Entre Réalité et Fiction

 

Rithy Panh s’inspire du onzième chapitre de l’ouvrage «  Les larmes du Cambodge – Histoire d’un auto génocide » (1986) d’Elizabeth Becker, journaliste du Washington Post, pour son film Rendez-vous avec Pol Pot. Cependant, il prend  quelques  libertés avec les faits.

Dans le récit original, trois Occidentaux, dont James Alexander Malcolm Caldwell et Richard Beebe Dudman, obtiennent l’autorisation d’entrer au Kampuchéa démocratique en 1978. Ils sont baladés dans le pays, visitant des « villages Potemkine »*. La rencontre avec Pol Pot a lieu, mais Caldwell est assassiné mystérieusement.

Dans le film de Rithy Panh, ces trois Occidentaux deviennent trois Français : Lise Delbo, une journaliste expérimentée, Paul Thomas, un photographe intrépide, et Alain Cariou, un militant communiste. Leurs aventures diffèrent de la réalité, mais l’essence du drame reste la même.

Au-delà des détails, Elizabeth Becker ne mentionne pas de culte de la personnalité de Pol Pot. Ce dernier préférait rester dans l’ombre pour exercer sa toute-puissance.

Les  différents détails qui interfèrent l’histoire n’entachent nullement  la crédibilité du film.

 

Le réalisateur souhaite transcender les faits bruts pour créer une œuvre solide et efficace. Son objectif est de montrer par des images la réalité du Cambodge pendant les massacres et l’impact sur les intellectuels occidentaux.

La force symbolique du désert, où les êtres humains apparaissent comme de vagues silhouettes, est l’une des grandes trouvailles du film. Le lieu d’hébergement des trois « invités » est judicieusement déplacé vers un aéroport inachevé, évoquant le vide et la folie meurtrière des Khmers rouges.

 

Plutôt que de montrer la violence directement, Rithy Panh la suggère subtilement à travers des cadavres, des archives filmées et des maquettes. Ces dernières, avec leurs figurines d’argile expressives, renforcent le sentiment de vide et rappellent les victimes de la Shoah.

 

Dans le film Rendez-vous avec Pol Pot, le personnage Alain Cariou, marxiste internationaliste, rencontre le dictateur Pol Pot au Cambodge. Leur échange révèle la cruauté et l’incompétence des Khmers rouges.

Alors qu’Alain espère discuter de leurs doutes sur la révolution, Pol Pot est catégorique : il faut éliminer tous les représentants du « Nouveau peuple », c’est-à-dire les intellectuels et les citadins. Cette vision nationaliste contredit l’internationalisme prolétarien.

Le réalisateur nous met en garde contre le pouvoir des mots et l’aveuglement qui peut en découler. La fable de l’aveugle et de l’éléphant** illustre cette tragique méprise.

 

Grégoire Colin - Copyright Dulac Distribution

L’œuvre de Rithy Panh est un rappel poignant de l’importance de préserver la mémoire collective, de témoigner des atrocités passées et de s’efforcer de prévenir de telles tragédies à l’avenir. Mais malheureusement, même avec ces devoirs de mémoire, nous constatons que l’humain, dans sa constitution, s’inspire du pire pour gagner le pouvoir et éliminer les opposants, voire les populations innocentes.



* L'expression « village Potemkine » désigne un trompe-l'œil à des fins de propagande.

 

** Les Aveugles et l'Éléphant est une fable d’origine indienne. Elle met en scène six aveugles qui doivent décrire un éléphant, chacun touchant seulement une partie de son corps, ce qui les amène à avoir des représentations partielles et différentes de l'animal. Lorsqu'ils confrontent ensuite leurs idées, ils entrent en désaccord, doutent même de la sincérité de leurs interlocuteurs et, dans certaines versions, en viennent aux coups.

La morale de la parabole est que chaque humain a tendance à revendiquer une vérité absolue fondée sur son expérience subjective limitée, car il ignore les expériences subjectives limitées des autres, qui peuvent être également véridiques.

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