top of page
  • Photo du rédacteurAnthony Xiradakis

LES BERLINALES

LES BERLINALES

Le festival de cinéma  du monde libre


Par Anthony Xiradakis

 

Initié en 1951 par les Alliés occidentaux dans le but de créer une « vitrine du monde libre », le festival de la Berlinale est un événement annuel qui met en lumière plus de 400 films de divers genres et sections, attirant plus de 500 000 spectateurs. Il ne se contente pas de séduire l’élite du cinéma, mais aussi le public le plus large de tous les festivals de cinéma du monde.


Chaque année, le film qui a le plus  sensibilisé le jury de la compétition internationale est honoré par l’Ours d’or. D’autres distinctions, comme l’Ours d’argent, sont également attribuées pour saluer les meilleures réalisations et performances. Un jury composé de professionnels du cinéma et de personnalités du monde des arts et de la culture est chargé de décerner ces prix.

Photo affiche 1951 – Crédit affiche La Berlinale

La Berlinale a lieu chaque année au début du mois de février à Berlin. En plus de la compétition internationale de longs métrages, le festival propose un marché important de films, des rétrospectives et des sections parallèles.

 

Depuis sa première édition, l’Ours d’or, sculpté par Renée Sintenis, est le prix suprême et récompense un seul film en compétition (ce qui n’était pas le cas à la première édition qui a récompensé d’un Ours d’or au sein de chaque catégorie). Des Ours d’argent sont également attribués dans diverses catégories. Il y a même eu un Ours de bronze, mais l’idée  sera très vite abandonné.

 

Avec le Festival de Cannes en mai et la Mostra de Venise en septembre, la Berlinale est l’un des trois grands festivals de cinéma internationaux. Il est non seulement l’événement culturel le plus marquant de la ville, mais aussi un rendez-vous incontournable pour le cinéma international.

 

Il était une fois… La Berlinale

 

« Lors de sa première édition, l'Allemagne de l'Ouest comptait quelque deux millions de chômeurs, et des milliers de Berlinois vivaient encore dans des abris de fortune. »

Peter Cowie auteur de The Berlinale - The Festival.

 

La Berlinale est née à l’initiative  d’Oscar Martay. Un officier américain, rattaché au gouvernement du secteur américain à Berlin. Il a eu pour mission de revitaliser l’industrie cinématographique berlinoise. En 1951, Berlin, tout comme le reste de l’Allemagne, était divisée en quatre zones. (Ces zones ont été établies après la Seconde Guerre mondiale et étaient sous le contrôle des quatre puissances victorieuses : les Soviétiques, les Américains, les Français et les Britanniques.)

 

Le 6 juin 1951 marque le début de la première édition de la Berlinale à Berlin-Ouest. Pour les Américains, l’objectif est clair : la Berlinale doit représenter « une vitrine du monde libre » et apporter une « touche de glamour » à un Berlin-Ouest terne mais enfin libéré de l’influence soviétique. Loin des strass et des paillettes de notre époque il avait néanmoins l’engouement de l’après-guerre comme un souffle nouveau sur le monde et le cinéma.

Le film inaugural choisi est Rebecca d’Alfred Hitchcock qui tire son symbole  de sa sortie aux États-Unis en 1940 et qui fut interdit de diffusion, en Allemagne, par les Nazis. Ce choix reflète également la volonté de mettre en avant principalement des films de l’Ouest dans une ville ruinée par les conflits et délibérément divisé.

 

C’est en 1954 que la Berlinale commence à s’ouvrir au monde, accueillant des célébrités comme Sophia Loren et Vittorio de Sica. Jean Marais et tant d’autres. Une édition qui ne souffrira pas l’insurrection ouvrière à Berlin-Est, l’année d’avant. Mais c’est véritablement en 1956 que le festival se dote d’un jury international, accrédité par la Fédération internationale des associations de producteurs de films.

 

La période de 1962 à 1988 est marquée par une ouverture progressive vers l’Est. La construction du Mur de Berlin en 1961 perturbe l’équilibre de la Berlinale. Les années 70 sont marquées par l’influence américaine sur la sélection de films et par plusieurs scandales. Le film O.K de Michael Verhoeven (1970), qui dépeint le viol et le meurtre d’une Vietnamienne par des soldats américains, provoque un tollé, conduisant le jury à démissionner et provoquera annulant par la même occasion cette édition. En 1979, Voyage au bout de l’Enfer de Michael Cimino sur la guerre du Vietnam suscite également un scandale. Certains pays socialistes quittent le festival,  mais le palmarès sera donné, c’est le film du berlinois Peter Lilienthal, David qui remporte l’Ours d’or.

En 1974, le premier film soviétique est projeté au festival. Un long métrage se fera remarqué en 1985, c’est celui de l’allemand de l’est Rainer Die Frau und die Fremde qui  remporte l’Ours d’or pour la première fois ex aequo avec  Wetherby de David Hare.

En 1986, le festival s’est déroulé sous protection policière suite à la désignation de Stammheim comme meilleur film. Il raconte l'histoire du procès de militants terroristes de la Fraction armée rouge dans la prison de Suttgart-Stammheim...

C’est le long métrage Le Sorgho rouge signé Zhang Yimou qui obtient l’ultime trophée en 1988. la Chine Populaire à le mérite d’être  célébrée, cette année là. Cette œuvre est l'adaptation du roman Le Clan du sorgho de Mo Yan (1986), prix Nobel de littérature en 2012.

En 2015, malgré l’interdiction officielle de filmer imposée par le gouvernement iranien, le film Taxi de Jafar Panahi a décroché l’Ours d’Or. Cette victoire a non seulement mis en évidence son courage créatif, mais a également attiré l’attention sur le combat pour la liberté d’expression dans les systèmes autoritaires.

 

Les tensions de ces années houleuses vont s’apaiser avec la chute du mur de Berlin. (9 novembre 1989)

 

La Berlinale est devenue un lieu de revendications politiques et sociales. L’édition 2016 s’est engagée à dénoncer la gestion de la crise des réfugiés. Dieter Kosslick, le président du festival, souhaite que l’événement soit placé sous le signe « du courage et de la confiance », reflétant le désarroi face à l’échec des grandes utopies et au désenchantement du monde.

 

«Un fantôme plane, pas seulement en Europe : le désarroi face à l'échec patent des grandes utopies et au désenchantement du monde. Ni le capitalisme ni le communisme n'ont tenu leurs promesses de rendre le monde plus juste. Rarement le programme de la Berlinale n'aura autant résumé en image la situation politique actuelle » Dieter Kosslick, président du festival la Berlinale.


La dernière édition sous la direction de Dieter Kosslick sera en 2019. Elle  a été marquée par la signature de la Charte pour la parité et la diversité. Le festival s’est engagé à fournir des statistiques « genrées » et à publier la liste des membres des comités de sélection. Mariette Rissenbeek et Carlo Chatrian, ancien directeur artistique du Locarno Festival, ont pris les commandes de la Berlinale.

 

Prise de conscience

 

En 2021, le festival a fait un pas audacieux en remplaçant les prix traditionnels de « meilleur acteur » et « meilleure actrice » par un prix d’interprétation « non genré ». Cette décision prise par le Festival international du film de Berlin vise à favoriser une sensibilisation accrue aux questions de genre dans le domaine du cinéma. Ainsi, les distinctions traditionnelles ont été abolies au profit d’une reconnaissance plus inclusive et équitable du talent d’interprétation.

 

«Nous pensons que le fait de ne pas séparer les récompenses en fonction du genre dans le domaine de l'interprétation constitue un signal pour une prise de conscience plus sensible à cette question dans l'industrie cinématographique » Communiqué de la directrice et du  directeur de la Berlinale Mariette Risenbeek et Carlo Chatrian.

L’ours de la Berlinale au Sony Center de la Potsdamer Platz - Crédit Image : La Berlinale

Frissons cinématographiques

 

La Berlinale, avec ses instants extraordinaires, ses oubliés, ses scandales, ses moments mémorables et ceux plus utopiques, est sans aucun doute l’un des trois meilleurs festivals de films internationaux, aux côtés de Cannes et Venise. Malgré le froid glacial de février à Berlin, qui contraste avec le glamour printanier de Cannes et l’ambiance estivale détendue de Venise, la Berlinale attire un public massif. Avec 330 000 billets vendus et un demi-million de spectateurs lors de la dernière édition. La Berlinale est le festival de cinéma le plus populaire au monde.

 

Le glamour et la présence de stars peuvent sembler modestes par rapport à Cannes et Venise, mais la Berlinale a su gagner le cœur du public grâce à son atmosphère chaleureuse et à sa sélection de films exceptionnels. En effet, plus de 90% des personnes interrogées apprécient ces aspects du festival, ainsi que la possibilité de voir des films qu’elles ne verraient pas ailleurs. Malgré le froid, de nombreuses stars bravent le gel pour fouler le tapis rouge du festival.

 

La Berlinale est également un lieu de lutte pour l’égalité. L’actrice Anna Brüggemann a lancé un appel pour renoncer au code vestimentaire traditionnel des galas du festival, et l’organisation de la Berlinale a montré une sensibilité particulière aux scènes sexistes et à la discrimination en général.

 

« Ceci n’est pas un appel à faire pénitence. C’est un appel aux femmes pour qu’elles mettent en lumière leur propre beauté et qu’elles ne se laissent pas emprisonner par des contraintes réelles ou imaginaires » Anna Brüggemann

Affiche La Berlinale 2024 – Crédit illustration ©Claudia Schramke, graphiste

La Berlinale, en tant que l’un des plus grands festivals de cinéma au monde, continue d’illuminer la scène cinématographique internationale. Avec sa riche diversité de films, allant des documentaires indépendants aux blockbusters hollywoodiens, le festival offre une plateforme unique pour les cinéastes du monde entier. Chaque année, la Berlinale démontre son engagement envers l’innovation et la créativité, tout en restant fidèle à sa mission de promouvoir le dialogue interculturel.

 

Je vous livre, dans ce blog, le dernier volet de ma trilogie d’articles sur les trois plus grands festivals du monde. Après Cannes, Venise et enfin Berlin je vous ai fait  traverser les époques pour que nous puissions, ensemble,  nous rappeler que  le pouvoir du cinéma touche les cœurs, élargit les horizons, et unit les êtres dans une volonté commune.  La compétition est certes faite pour les femmes et les hommes, ce n’est peut-être pas le cas du souffle inspiré et  nacré des images qui insuffle une raison supérieure à notre conscience collective…

 

13 210 vues1 commentaire

Posts récents

Voir tout

1件のコメント


ゲスト
6月10日

Merci pour ces articles sur les festivals de cinéma, tres instructif

いいね!
bottom of page