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  • Photo du rédacteurSerge Leterrier

David Cronenberg

David Cronenberg

Les Linceuls


 Un article de Serge Leterrier

 

« Vous me voyez évoluer, non seulement en tant que cinéaste si vous avez vu mes premiers films, mais vous me voyez apprendre à être un humain, comment ma philosophie a évolué. » David Cronenberg

 

Cannes et Les linceuls de Cronenberg

David Cronenberg, maître incontesté du cinéma d’horreur et de science-fiction, revient sur le devant de la scène avec son dernier long métrage, Les Linceuls (The Shrouds). Ce film, qui met en vedette Vincent Cassel et Diane Kruger, a été sélectionné pour le prochain Festival de Cannes (du 14 au 25 mai), confirmant une fois de plus le talent du réalisateur.

La sélection de Les linceuls n’est pas anodine, elle met en évidence la capacité de David Cronenberg à créer des films qui, tout en nous terrifiant, nous poussent à réfléchir sur notre propre existence à travers les transgressions sulfureuses du cinéaste. C’est, de par ses thèmes relativement pessimistes et sans avoir vu ce film, une œuvre certainement audacieuse et provocante, chère au réalisateur qui promet de marquer les esprits et d’aviver les critiques lors de sa présentation à Cannes.

Vincent Cassel, Diane Kruger - Copyright photos © Gravetech Productions Inc. SBS Productions

« En tant que cinéaste, je pose des questions mais je n’ai pas de réponses. Faire des films est une exploration philosophique. J’invite le public à venir en voyage et à découvrir ce qu’il pense et ressent » David Cronenberg

 

Un parfum nécrologique sur la Croisette

Les Linceuls est l’histoire de Karsh, un homme d’affaires renommé. Inconsolable depuis le décès de son épouse, il invente un système révolutionnaire et controversé, GraveTech, qui permet aux vivants de se connecter à leurs chers disparus dans leurs linceuls. Une nuit, plusieurs tombes, dont celle de sa femme, sont vandalisées. Karsh se met alors en quête des coupables.

 

C’est un film qui mêle le deuil, l’innovation technologique et le mystère, le tout sous la direction de ce réalisateur  atypique qu’est David Cronenberg. Dans le monde du cinéma, peu de réalisateurs ont réussi à marquer les esprits avec autant de force d’opposition que David Cronenberg. Avec son dernier long métrage, il continue de repousser les limites de l’horreur et du fantastique, tout en explorant les profondeurs de l’âme humaine. Et ce malgré le fait qu’il ne croit ni à l’existence après la mort ni à celle d’avant le naissance. Son axe principal est le corps carné et matériel qui  traverse le miroir, uniquement pour assouvir un fantasme transgressif et sociétale.

 

« Non seulement vous ne pouvez pas imaginer mourir, mais vous ne pouvez pas vraiment imaginer l’existence avant votre naissance. » David Cronenberg

 

Les Linceuls est un voyage troublant vers l’inconnu, un film qui nous confronte à nos peurs les plus « sépulcrales » et nous pousse à réfléchir sur notre propre mortalité. Il  suit l’histoire d’un groupe de personnes qui, après avoir été enveloppées dans des linceuls mystérieux, se retrouvent plongées dans un entre deux mondes où s’inscrit nos plus intimes fantasmes, un espace ou le temps n’est plus, ou la raison se perd en conjectures.

David Cronenberg, fidèle à son style unique, mêle habilement l’horreur viscérale à une réflexion profonde sur la condition humaine. Les linceuls, plus qu’un simple accessoire de l’intrigue, deviennent une métaphore puissante de notre propre finitude.

 

Connaissant les performances de Vincent Cassel et Diane Kruger l’interprétation sera, je me doute,  exceptionnelle, ajoutant une nouvelle strate de réalisme à ce récit fantastique. Et si chaque personnage est parfaitement développé, ils nous permettront  de nous identifier à leurs peurs,  à leurs espoirs et subir nous aussi « la loi du linceul ».

 

La réalisation de Cronenberg devrait-être parfaite, comme à son habitude. Chaque plan, chaque mouvement de caméra, chaque détail visuel contribue, chez le cinéaste, à créer une atmosphère oppressante et dérangeante, qui reste gravée dans l’esprit du spectateur bien après la fin du film.


Affiche Crash de David Cronenberg - ©Alliance Vivafilm

Un Voyage à Travers la vie, la mort… L’horreur aussi !

David Cronenberg, en lice pour une Palme d’Or au festival, a vu le jour le 15 mars 1943 dans la métropole canadienne de Toronto. Dès son plus jeune âge, une passion pour le septième art a commencé à germer en lui.

Élevé dans un foyer juif progressiste de la classe moyenne, Cronenberg a été bercé par la plume de son père, Milton, écrivain et éditeur, et les mélodies de sa mère, Esther Sumberg, pianiste. Leur maison était un véritable sanctuaire de la littérature, regorgeant de livres de tous genres. Son père a tenté de l’initier aux films d’art, comme Le Septième Sceau (magnifique film d’Ingmar Bergman en 1967, un classique du cinéma avec Max Von Sydow), mais le jeune Cronenberg était alors plus attiré par les westerns et les films de pirates, avec une prédilection particulière pour ceux mettant en scène Burt Lancaster.

A cette époque il  était aussi  fasciné par la science et la biologie, un intérêt qui a influencé son travail de réalisateur un peu plus tard. Il a même envisagé une carrière d’écrivain comme son père, mais c’est le cinéma qui l’a finalement « saisi ». Il a commencé à réaliser des courts métrages dès l’âge de 16 ans, marquant le début de sa carrière cinématographique.

Ces premières œuvres étaient souvent des expériences visuelles et narratives, reflétant son intérêt pour la biologie et les thèmes transgressifs. C’est, je le suppose,  pendant cette période, que David Cronenberg a commencé à développer son style unique, mélangeant l’horreur, la science-fiction et des thèmes profondément personnels et psychologiques.

 

Sa collaboration avec le compositeur Howard Shore, qui a créé la bande-son anxiogène de quinze de ses films depuis Chromosome 3 en 1979, remonte à leur adolescence. Cronenberg a souvent plaisanté en disant que Shore était son « jumeau », soulignant la richesse et l’intensité de leur collaboration, malgré leurs différences.

 

David Cronenberg et Le Festival de Cannes

David Cronenberg a été honoré à plusieurs reprises par le prestigieux Festival de Cannes. En 1996, son œuvre provocatrice Crash a été saluée par le Prix Spécial du Jury à Cannes, un prix qui n’est pas décerné chaque année, mais uniquement à la discrétion du jury officiel. Dans ce cas, le jury a choisi de récompenser le film pour son « originalité » et son « audace ».

En plus de ces distinctions, Cronenberg a eu l’honneur de présider le jury du Festival de Cannes en 1999. Six de ses films ont été en lice pour la Palme d’Or, le plus prestigieux des prix du festival. Le plus récent de ces films est Crimes of the Future, qui a été projeté lors du Festival, confirmant une fois de plus la place de Cronenberg parmi les grands du cinéma.


Affiche La Mouche de David Cronenberg - ©Twentieth Century Fox - BrooksFilms

Rendez-vous à Cannes pour Les linceuls de Cronenberg

Nous attendons avec impatience de voir comment le public et les critiques réagiront à Les Linceuls et à la vision unique de Cronenberg. Quoi qu’il en soit, une chose est sûre : David Cronenberg continue de repousser les limites du gore, du fantastique et du dramatique, une œuvre dont le corps protéiforme nous invite à toutes les métamorphoses, c’est peut-être le génie de Cronenberg. Nous sommes, désormais, impatients de voir où son imagination le mènera ensuite.

 

La Palme d’Or justifie-t-elle Les linceuls, c’est ce que nous verrons le 25 mai prochain au moment de la cérémonie de clôture de cette 77e édition du Festival International du Film de Cannes…



 Le site officiel du Festival de Cannes

 

 

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