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THIERRY FRÉMAUX

  • Photo du rédacteur: Serge Leterrier
    Serge Leterrier
  • il y a 4 jours
  • 4 min de lecture

THIERRY FRÉMAUX

Le regard de Cannes, entre découverte, consécration et écriture du temps


Imanos Santos Pour Diamont Média


Révéler, 

Légitimer,

Écrire l’histoire


À travers son entretien récent, Thierry Frémaux parle de Cannes comme d’un lieu capable de lire le présent du cinéma tout en pressentant sa forme à venir. Derrière cette parole se dessine une question plus grande, celle du pouvoir réel des grands festivals. Révéler, légitimer, écrire l’histoire, Cannes agit aujourd’hui à ces trois niveaux, et c’est précisément dans cette superposition que se mesure l’influence singulière de Thierry Frémaux. L’entretien, publié le 27 mars 2026 par le Festival de Cannes à partir d’un échange avec Variety, formule cette ambition de manière très claire lorsqu’il affirme que la mission du Festival consiste à dire ce qu’est le cinéma, ou plus exactement ce qu’il est en 2026.


Thierry Frémaux - Azaes Créations
Thierry Frémaux - Azaes Créations

Le premier pouvoir de Cannes tient dans cette faculté de révélation. Un grand festival attire, concentre, expose. Il donne aux films une intensité de présence que peu d’autres lieux savent produire avec une telle puissance. Dans la parole de Thierry Frémaux, cette fonction garde toute sa centralité. Le Festival cherche des œuvres, repère des tendances, accueille des gestes d’auteurs, fait apparaître une vitalité du cinéma mondial. À ce niveau, Cannes agit comme une chambre d’écho prestigieuse. Il repère moins une simple actualité qu’un état du cinéma en train de se réaliser. C’est là que le regard du sélectionneur devient décisif. Révéler, dans ce cadre, revient à discerner parmi la masse ce qui porte déjà une force de durée.


Cette révélation, pourtant, reste une première étape. Le second pouvoir de Cannes se joue dans la légitimation. Dès qu’un film entre dans l’espace cannois, il change de statut. Il gagne une densité symbolique, une autorité, une visibilité qui dépassent le simple plaisir d’être montré. La sélection agit comme une forme de consécration anticipée. Elle installe une hiérarchie, elle produit une valeur, elle dessine une vision du cinéma jugé digne d’être regardé avec sérieux. C’est ici que la parole du délégué général du festival devient particulièrement captivante. Lorsqu’il parle de l’état du cinéma, des secousses d’Hollywood, de la dimension politique des festivals ou de l’évolution du langage cinématographique, il s’exprime déjà depuis un lieu qui influe sur ce que nous considérons comme digne d’être regardé. Cannes ne se contente plus d’accueillir les films : elle leur attribue une place dans l’ordre du regard mondial.


Thierry Frémaux - Azaes Créations
Thierry Frémaux - Azaes Créations

À partir de là, un troisième niveau apparaît, sans doute le plus profond. Programmer revient déjà à écrire l’histoire. Une sélection ne relève jamais d’un simple alignement de titres. Elle raconte une époque, installe des lignes de force, privilégie certaines sensibilités, fait monter certaines œuvres dans la mémoire commune. Thierry Frémaux parle de cinéma au présent, mais ce présent porte déjà une forme de récit historique. Les films retenus, les cinéastes appelés, les territoires représentés, les équilibres assumés ou déplacés, tout cela compose une vision du temps. Cannes devient alors plus qu’un festival, il devient une machine de mise en récit du cinéma mondial. À travers le travail de sélection, une mémoire future commence déjà à se constituer, silencieusement, dans l'ombre portée des choix.


C’est ici que le rôle de Thierry Frémaux prend toute sa dimension. Il n'est pas le gestionnaire d'un événement, aussi prestigieux soit-il. Il est l'incarnation d'une manière de voir, d'ordonner, de situer le cinéma dans une époque traversée par des tensions industrielles, culturelles et géopolitiques sans précédent. Son entretien récent le révèle avec clarté. Cannes cherche à rester un centre de gravité au moment précis où les repères bougent, où Hollywood traverse ses propres restrictions, où les festivals eux-mêmes sont devenus des lieux de lecture du monde. La puissance de cet homme tient dans cette capacité à exercer une autorité sans bruit,  à faire peser une vision sans passer par la démonstration, à installer une orientation tout en parlant, simplement, au nom du cinéma. 


Thierry Frémaux - Azaes Créations
Thierry Frémaux - Azaes Créations

« Programmer, c’est déjà tracer la frontière entre l’instant et l’histoire. » Imanos Santos


Il faut alors poser la question dans toute sa netteté. Cannes révèle-t-il encore le cinéma, ou commence-t-il déjà à le définir. La réponse, si on l'affronte honnêtement, ne tient pas dans une alternative. Elle tient dans une vérité plus inconfortable car les deux gestes sont désormais inséparables. Un grand festival découvre et oriente dans un même mouvement. Il met en lumière, puis inscrit. Il accueille, puis consacre. Il regarde le présent, et organise déjà la manière dont ce présent sera retenu. C'est pour cela que l'entretien de Thierry Frémaux mérite davantage qu'un simple résumé d'actualité. Il touche à une question de souveraineté culturelle, à savoir qui regarde le cinéma mondial depuis le point le plus élevé de sa visibilité ? Qui lui donne sa forme de légitimité ? Qui l'aide à entrer dans la longue durée du temps ?


Sous cet angle, Thierry Frémaux devient bien plus qu'un programmateur : il devient le chef d'orchestre d'une symphonie mondiale, celui qui fait danser les films dans la lumière de Cannes, celui qui transforme la Croisette en scène où le cinéma révèle son présent et écrit déjà son éternité.

 

« Et à travers chaque sélection, Cannes regarde le présent et organise déjà sa postérité. »

Imanos Santos


Thierry Frémaux - Azaes Créations
Thierry Frémaux - Azaes Créations

 


 
 

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