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HAMNET

  • Photo du rédacteur: Lysandra DL
    Lysandra DL
  • 3 févr.
  • 6 min de lecture

HAMNET

réalisé par Chloé Zhao

 « Porter l'absence »

 

Par Lyssandra DL

 

« Certaines douleurs ne guérissent pas. On apprend juste à les accepter. »

 

La fissure

Hamnet tombe malade un matin d'été. La fièvre monte. Son corps est brûlant. Agnes pose ses mains sur son front, cherche dans les plantes, dans les gestes des anciens, dans tout ce qu'elle sait de la vie et de la mort. Rien ne fonctionne. Le garçon de onze ans glisse. Il part progressivement,  inexorablement. Il laisse derrière lui un vide qui ne se refermera jamais.


Le film commence après la mort. Il refuse le spectacle de l'agonie. Il s'intéresse à ce qui suit : le silence qui s'installe, la maison qui résonne différemment, les gestes quotidiens qui perdent leur sens. Agnes se réveille et cherche Hamnet des yeux. Chaque matin, pendant des semaines, elle oublie une seconde qu'il est mort. Puis elle se souvient. Cette violence recommence sans fin.

 

Chloé Zhao filme cette répétition avec délicatesse, teintée d'une sensibilité exacerbée. Les journées se suivent. Agnes marche dans les champs. Elle touche les plantes. Elle prépare les repas. Elle continue à vivre parce que lemonde  continue a tourner. Mais quelque chose en elle s'est éteint. Ses gestes portent désormais cette absence. Chaque mouvement devient une mémoire inextinguible. Chaque silence devient présence de son enfant disparu.

 

Deux manières de porter

William est à Londres quand son fils meurt. Il rentre pour l'enterrement. Il regarde Agnes. Il voit sa douleur. Il ne sait pas comment la toucher. Les mots lui manquent. Alors il repart. Il retourne au théâtre. Il écrit. Il transforme la perte en langage. Il cherche à donner une forme à ce qui n'en a pas.

 

Agnes reste. Elle porte le deuil dans son corps, dans son âme. Elle le porte dans ses mains qui touchent la terre. dans sa manière de regarder Judith, la sœur jumelle de Hamnet, cette enfant vivante qui rappelle constamment celui qui manque. Agnes ressent le poids de l'absence, comme l'on ressent la présence d'un enfant. Elle garde son fils contre elle. Elle ne le déposera jamais.

 

Cette œuvre montre cette dissymétrie sans jugement. William fuit parce qu'il étouffe. Agnes reste parce qu'elle refuse de lâcher. Ni l'un ni l'autre n'a tort. Ils survivent différemment. Ils aiment encore, mais à distance. La mort de Hamnet creuse un fossé entre eux. Ce fossé grandit dans un silence abyssale.

 

La caméra observe Agnes avec une attention infinie. Elle filme ses retenues, ses regards perdus, ses mains qui tremblent. Elle filme cette femme qui continue à vivre malgré tout. Agnes prépare le pain, soigne les animaux,  s'occupe de Judith. Mais chaque geste porte le poids de celui qui manque.


Jessie-Buckley (Agnes) I Copyright 2025 Focus Features, LLC. All Rights Reserved
Jessie-Buckley (Agnes) I Copyright 2025 Focus Features, LLC. All Rights Reserved

 Ce que l'écriture ne répare pas

Des années passent. William écrit une pièce. Il l'appelle Hamlet, c'est son nom. Il ressemble tant à Hamnet que personne ne peut s'y tromper. La pièce parle d'un fils mort, d'un père absent, de fantômes qui reviennent. Elle parle de ce qui ne peut être dit autrement.

 

Agnes va voir la pièce. Elle s'assoit dans la salle. Elle écoute les mots de William. Elle reconnaît leur fils dans ces phrases. Elle voit comment William a transformé Hamnet en prince danois. Elle comprend que cette pièce est sa manière à lui de porter l'absence. Mais elle comprend aussi que l'écriture ne ramène personne.

 

Le film pose cette question avec une douceur implacable : que fait l'art face à la mort ? William croit qu'écrire donne un sens. Il croit que transformer la douleur en œuvre permet de la dépasser. Mais Agnes sait autre chose. Elle sait que Hamnet restera mort. Que les mots, aussi beaux soient-ils, ne le feront pas revenir. Que la création console peut-être, mais ne répare rien.

 

Cette lucidité traverse tout le film. La réalisatrice refuse la tentation de faire de l'art un remède. Elle montre l'écriture comme un geste de survie, une manière de continuer. Mais elle montre aussi que ce geste laisse intact le manque. William écrit Hamlet. Agnes porte Hamnet. Deux chemins qui ne se rejoindront jamais complètement.


Paul Mescal (Shakespeare) I Copyright-2025-Focus-Features LLC.-All-Rights-Reserved
Paul Mescal (Shakespeare) I Copyright-2025-Focus-Features LLC.-All-Rights-Reserved

La jumelle

Judith grandit dans l'ombre de son frère mort. Elle ressemble à Hamnet. Elle a les mêmes yeux, le même sourire. Agnes la regarde et voit constamment celui qui manque. Cette ressemblance devient un poids. Judith sent qu'elle doit exister pour deux. Elle sent qu'elle porte quelque chose qui ne lui appartient pas.

 

Ce film  exprime cette charge invisible avec une justesse remarquable. Judith ne parle pas beaucoup. Elle observe. Elle essaie de comprendre pourquoi sa mère la regarde avec cette tristesse. Elle essaie d'être là sans disparaître. Elle essaie d'exister pleinement alors que tout le monde cherche en elle le visage de son frère.

 

Agnes finit par comprendre. Elle voit ce qu'elle fait à Judith. Elle voit comment sa propre douleur étouffe sa fille vivante. Alors elle essaie de revenir. Elle essaie de regarder Judith pour ce qu'elle est. Cette tentative prend du temps. Elle demande un effort immense. Mais Agnes aime sa fille. Elle refuse de la perdre elle aussi.


Jacobi Jupe (Hamnet Shakespeare) I Copyright 2025 Focus Features, LLC. All Rights Reserved
Jacobi Jupe (Hamnet Shakespeare) I Copyright 2025 Focus Features, LLC. All Rights Reserved

La terre comme mémoire

Cette femme, cette mère vit proche de la nature. Elle connaît les plantes, les saisons, les cycles. Elle sait que tout meurt et que tout revient sous une autre forme. Cette sagesse l'aide et la torture à la fois. Elle aide parce qu'elle rappelle que la mort fait partie de la vie. Elle torture parce qu'elle ne console pas.

 

Chloé Zhao filme la campagne anglaise avec une beauté apaisante. Les champs ondulent sous le vent. Les arbres changent de couleur. Les rivières coulent. Cette nature indifférente continue son mouvement. Agnes marche dans ce paysage. Elle touche l'herbe. Elle sent la pluie sur sa peau. Elle cherche Hamnet dans les éléments.

 

La réalisatrice suggère que le deuil de cette femme passe par le corps et la terre. Elle ne cherche pas Hamnet dans les mots ou les souvenirs. Elle le cherche dans la sensation physique du monde. Dans la chaleur du soleil. Dans le froid de l'hiver. Dans le parfum des plantes qu'elle cueille. Cette manière de porter l'absence ancre le film dans une matérialité empreinte de fragilité.


Olivia Lynes (Judith Shakespeare) I  Copyright 2025 Focus Features, LLC. All Rights Reserved
Olivia Lynes (Judith Shakespeare) I  Copyright 2025 Focus Features, LLC. All Rights Reserved

Ce qui reste

Hamnet se termine sans résolution. Agnes porte toujours l'absence. William continue à écrire. Judith grandit discrètement dans cette ombre. Le film refuse de transformer le deuil en étape caricaturale. Il montre que certaines pertes ne se dépassent jamais. On apprend juste à vivre avec.

 

Cette honnêteté rend l'histoire bouleversante. Elle respecte la douleur. Elle refuse de la minimiser ou de la romantiser. Elle montre que perdre un enfant fracture l'existence pour toujours. Cette fracture devient partie de soi. Elle se tait parfois. Elle crie souvent. Elle ne disparaît jamais.

 

Hamnet honore Agnes. Il honore toutes les mères qui portent l'absence d'un enfant. Il honore leur dignité, leur force, leur capacité à continuer malgré tout. Il montre que cette capacité ne vient pas d'un héroïsme spectaculaire. Elle vient d'un amour têtu qui refuse d'abandonner les vivants.

 

William, lui, trouve dans l'écriture un refuge. Hamlet devient son monument à Hamnet. Une manière de dire : tu as existé. Tu comptes encore. Je te porte dans mes mots. Cette tentative émeut. Mais le film rappelle doucement que les mots restent des mots. Ils consolent celui qui les écrit. Ils touchent ceux qui les lisent. Mais ils ne ramènent personne.


Joe Alwyn (Bartholomew Hathawa) I  Copyright 2025 Focus Features, LLC. All Rights Reserved
Joe Alwyn (Bartholomew Hathawa) I  Copyright 2025 Focus Features, LLC. All Rights Reserved

Une histoire universelle

Hamnet parle d'une famille du XVIe siècle. Mais il parle de tous les parents qui ont perdu un enfant. Il parle de toutes les manières de porter l'absence. Il parle de tous ceux qui cherchent à transformer la douleur en quelque chose de supportable.

 

Il devient miroir. Il renvoie chacun à ses propres pertes. À ses propres manières de survivre. À ces absences qu'on porte sans jamais vraiment savoir comment. Il rappelle que le deuil n'a pas de mode d'emploi. Que chacun avance comme il peut.

 

Chloé Zhao filme cette réalité avec une empathie totale. Elle ne juge personne. Elle comprend Agnes qui reste. Elle comprend William qui fuit. Elle comprend Judith qui grandit malgré tout. Elle donne à chacun sa dignité. Elle montre que survivre à la perte d'un enfant demande un courage silencieux, quotidien, invisible.

 

Hamnet laisse une empreinte. Une trace douce et déchirante. Un souvenir de ce que c'est que de continuer à vivre quand une partie de soi est morte. Le film ne guérit rien. Il accompagne. Il pose une main sur l'épaule de ceux qui portent l'absence. Il leur dit : vous n'êtes pas seuls.

 

« On ne se remet pas de certaines pertes. On apprend juste à respirer autour d'elles. »

 

Depuis le 21 janvier 2026 en salle | 2h 05min | Drame


Pour Diamont Média 


 

 

 

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