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Chronique de Cannes 7

Chronique de Cannes 7

Cannes prend le maquis


Par Serge Leterrier

 

« Quoiqu'on en dise, le seul enjeu cannois, c'est le cinéma. » 

 Thierry Frémaux, sélectionneur officiel du Festival.

 

Quand le monde du sport se conjugue à celui du cinéma. Effectivement la flamme Olympique c’est invitée au 77e Festival de Cannes et en grande star elle a  foulé le tapis rouge et monté les marches ce mardi 21 mai. Une exceptionnelle rencontre…


Dans cette chronique je vais vous parler de Marcello Mio, un film en compétition du réalisateur français Christophe Honoré,  où Chiara Mastroianni s’interfère, en tant qu’actrice, dans  la vie de son père à travers une allégorie troublante et très touchante.

Mais avant cela, intéressons-nous au long métrage de Julien Colonna, Le Royaume, présenté dans la catégorie « Un Certain Regard » qui à priori a marqué les esprits. La Croisette a pris le maquis.

Photo Ghjuvanna Benedetti dans le Film Le Royaume - Copyright 2024 - CHI-FOU-MI PRODUCTIONS

Le royaume

De Julien Colonna

 

« Comme le disait Pasolini : "L’histoire, c’est la passion des fils à vouloir comprendre leur père". C’est probablement ce que Lesia essaie de faire tout au long du film. » Julien Colonna

 

Incipit : une chasse aux sangliers dans les montagnes corses. L'animal est traqué, pris au piège. Tué. La jeune fille s'approche, on lui tend un couteau. Elle aura l'honneur de dépecer la bête. La lame pénètre dans la chaire, le sang gicle sur le visage de l'adolescente.

 

« On ne demande pas l’avis d’une gamine. C’est déjà suffisamment compliqué comme ça ! »

 

Corse, 1995. Lesia vit son premier été d’adolescente. Elle a rendez-vous, un jeune garçon l’attend à la plage. Les  plans de la jeune fille vont être contrariés lorsqu’un homme l‘incite à monter sur sa moto pour la  conduire dans une villa isolée. C’est là qu’ elle retrouve son père, Pierre Paul, une figure emblématique du milieu, en planque. Une guerre éclate entre les clans et la police et l’étau se resserre autour d’eux. La mort frappe. Commence alors une cavale au cours de laquelle père et fille vont apprendre à se regarder, à se comprendre et à s’aimer.

 

J’aime trouver cette magie dans un premier film, et Le Royaume de Julien Colonna ne fait pas exception à cette règle. Présenté dans la catégorie « Un Certain Regard », cette œuvre se distingue dès le début par son originalité et sa fraîcheur, malgré le sujet. Le spectateur est littéralement transporté, sans ambages, sur une nouvelle terre, pour le coup plus ou moins accueillante et très éloignée de l’image que l’on peut se faire de ce territoire.  Les actrices et les acteurs semblent avoir émergé naturellement du maquis corse, le tout ponctué de dialogues mêlant le français et le dialecte local. Cet atmosphère nous plonge dans un  monde mystérieux, hermétique et violent. Le réalisateur, Julien Colonna, maîtrise parfaitement son sujet : les scènes d’action se succèdent sans équivoques, rudes, âpres et sans fioritures. La mort frappe sans préavis.

 

Ce film est doté de très belles scènes baignées par la lumière singulière de la méditerranée, frappant  avec une intensité brutale  le caractère des hommes. Les paysages sont magnifiques exprimant cette terre de prédilection, mais nous sentons bien que ce n’est pas l’objectif du film. Il est ailleurs, là où la lumière rencontre l’ombre pour  cacher, dans un linceul de violence,  cette raison de vivre  qui inhume le sentiment des hommes.

Julien Colonna est un véritable artiste, un sculpteur qui ciselle avec une extrême précision les visages denses et obscurs des tueurs. Des hommes qui vivent à travers les petits bonheurs de l’instant qui passe, accompagnés de cette peur qui les précède comme une ombre sur leur existence. Ils aiment ces moments de grâce ponctués le plus souvent par la mort .

Pierre-Paul, le personnage du film, dira à ce sujet :

 

« La peur, on la mange, on la respire. »

 

Le Royaume est une œuvre complexe qui s’intrique avec toutes les contradictions et les ambiguïtés du milieu. Une immersion dans  des émotions cachées et des sentiments insondables, voire oubliées, effacées par cette violence quotidienne stigmatisée dans le contexte politique si particulier de la corse de cette époque.

En filigrane le spectateur ressentira, dans ce film, l’histoire de cette jeune adolescente qui quoi qu’il advienne, aime profondément son père.

 

La projection du film Le Royaume a eu un bel accueil du public. Selon un article de France Bleu, la projection cannoise de ce premier long métrage a été acclamée. Cela témoigne de l’impact émotionnel et de la profondeur du film, ainsi que de la résonance de son histoire avec le public. Le réalisateur Julien Colonna a réussi à captiver l’audience avec son exploration authentique et complexe de la Corse des années 1990.

 

La jeune actrice française Ghjuvanna Benedetti a désormais gagné en notoriété grâce à son rôle dans le film. Elle y joue Lesia, cette adolescente qui passe son premier été avec son père en cavale. Au moment du tournage, Ghjuvanna Benedetti, âgée de 22 ans, était en formation pour devenir aide-soignante et envisageait d’entrer en école d’infirmière. La magie du cinéma est passée par là, si bien qu’elle décrit son expérience sur le tournage comme la plus belle de sa vie. Son jeu d’actrice d’une justesse incroyable et empreint d’authenticité, avec une candeur naturelle qui  contribue certainement à la réussite du film. Une très belle performance qui a été saluée par le public.

France info Culture (source :  https://www.francetvinfo.fr/) titrera dans son article  :

 

« le premier long-métrage du réalisateur corse Julien Colonna a ému aux larmes les spectateurs de la Croisette. À la fois violent et sensible "Le Royaume" impressionne par la justesse de sa mise en scène et l'interprétation de ses comédiens non professionnels. »

Photo Chiara Mastroianni dans © Marcello, celle-celui par qui le mouvement arrive. | Les Films Pelléas

Marcello Mio

De Christophe Honoré

 

«Sur un plateau, même si on joue une mère et sa fille, souligne-t-elle, on est d'abord des actrices au service d'un film et d'une équipe. Dans la vraie vie, on a évidemment un tout autre rapport, et on évite de parler cinéma. » Catherine Deneuve – (Source : https://www.lepoint.fr/)

 

Nous pourrions commencer la présentation de ce film troublant, tendre et efficace  avec un :

 

Il était une foi Chiara.

Elle est actrice, fille de Marcello Mastroianni et de Catherine Deneuve. Le temps d’un été, chahutée dans sa propre vie, elle se persuade  de  vivre la vie de son père. La transformation s’installe doucement. Elle s’habille désormais comme lui, parle comme lui, respire comme lui et devient son fantôme. Elle le fait avec une telle force d’amour et de conviction que les autres, qui gravitent autour d’elle, finissent par y croire et se mettent à l’appeler « Marcello ».

 

« À bientôt 52 ans, il est temps d’assumer totalement le fait d’être “la fille de” » Chiara Mastroianni

 

Marcello Mio, la dernière œuvre de Christophe honoré marque sa septième collaboration avec l’actrice Chiara Mastroianni depuis Les Chansons d’amour en 2007.

Le long métrage s’intéresse à l’identité d’une personne face à l’héritage familiale et  la mémoire d’un disparu, poussant l’acte jusqu’au mimétisme, jusqu’à devenir lui.  C’est aussi un hommage à l’homme, illustre acteur qu’était Marcello Mastroianni, à l’origine de cette transfiguration

 

Une très belle et joyeuse fantaisie cinématographique avec  un excellent casting composé de Catherine Deneuve, Melvil Poupaud, Fabrice Lucchini, Nicole Garcia et Benjamin Biolay jouant leur propre rôle. Le film a été décrit comme une réflexion troublante sur le cinéma, l’immortalité et le mouvement. Les performances d’acteur ont été saluées, notamment celle de Chiara Mastroianni, qui a été félicitée pour son sens de l’humour et de l’autodérision.

 

Le puissant kif du festival de Cannes est, plus que jamais, de passer d’un genre à un autre sans transition aucune et de se nourrir de ces émotions glanées au fil des projections. Un événement, comme le confie Thierry Frémaux, qui n’a qu’un seul enjeu, le cinéma.



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2 comentários


Convidado:
23 de mai.

👍👍👍

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Convidado:
23 de mai.

Le royaume de Colonna est un grand film et les interprètes sont excellents, super article

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