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HURLEVENT

  • Photo du rédacteur: Serge Leterrier
    Serge Leterrier
  • 16 janv.
  • 4 min de lecture

HURLEVENT

(WUTHERING HEIGHTS)

Emerald Fennell, la passion comme abîme

 

De Serge Leterrier


« Et si la plus grande histoire d’amour de la littérature n’était en réalité qu’un récit de destruction mutuelle ? »


Le 11 février 2026, Emerald Fennell s'empare du monument littéraire d'Emily Brontë avec Margot Robbie et Jacob Elordi. Une rencontre qui promet de réinventer le mythe romantique le plus dévastateur de la littérature anglaise. Mais au-delà de l'événement cinématographique, c'est toute une réflexion sur la nature destructrice de la passion qui s'annonce.


Margot Robbie , Jacob Elordi I Copyright Warner Bros
Margot Robbie , Jacob Elordi I Copyright Warner Bros

Emerald Fennell, cinéaste de l'obsession

Avec Promising Young Woman (2020) et Saltburn (2023), Emerald Fennell s'est imposée comme une réalisatrice singulière, fascinée par les zones sombres du désir et les mécaniques toxiques de l'obsession. Ses personnages ne sont jamais des victimes passives ni des héros conventionnels : ce sont des êtres consumés par une pulsion qui les dépasse, prisonniers de leurs propres abîmes intérieurs.


Qu'elle filme la vengeance méthodique de Cassie dans Promising Young Woman ou la fascination mortifère d'Oliver pour Felix dans Saltburn, Fennell explore toujours la même question : que se passe-t-il quand le désir devient maladie, quand l'amour se transforme en malédiction ? Son cinéma n'a rien de moralisateur. Il observe, il ausculte, il met à nu les ressorts les plus troubles de l'âme humaine avec une élégance visuelle troublante et une lucidité sans concession.


C'est précisément cette approche qui fait d'elle la cinéaste idéale pour adapter Les Hauts de Hurlevent. Car si Emily Brontë a écrit l'un des plus grands romans d'amour de la littérature, elle a aussi signé l'une des plus impitoyables études sur la passion comme force destructrice.


Le mythe des Hauts de Hurlevent

Publié en 1847, Wuthering Heights (Les Hauts de Hurlevent) demeure l'un des textes les plus radicaux de la littérature romantique. L'histoire de Catherine Earnshaw et Heathcliff n'est pas un conte de fées contrarié par les conventions sociales. C'est le récit d'une fusion impossible entre deux âmes, d'un amour qui refuse toute limite et préfère la damnation à la séparation.


Catherine et Heathcliff ne sont pas simplement amoureux : ils se vivent comme les deux moitiés d'une même entité. "Je suis Heathcliff", dit Catherine dans l'une des déclarations les plus célèbres de la littérature. Pas "j'aime Heathcliff", mais "je suis". Cette confusion des identités, cette impossibilité de distinguer l'un de l'autre, est le nœud tragique du roman.


Quand Catherine choisit d'épouser Edgar Linton par calcul social, elle ne trahit pas seulement Heathcliff : elle se déchire elle-même. Et Heathcliff, plutôt que d'accepter cette séparation, consacrera sa vie à une vengeance méthodique qui détruira tout sur son passage, y compris lui-même. Car dans l'univers de Brontë, l'amour absolu ne connaît qu'une issue : la mort ou la folie.


Les nombreuses adaptations cinématographiques du roman (William Wyler en 1939, Peter Kosminsky en 1992, Andrea Arnold en 2011) ont souvent édulcoré cette noirceur, préférant insister sur la dimension romantique au détriment de la violence psychologique qui traverse le texte. Emerald Fennell, elle, n'aura pas ces pudeurs.


Margot Robbie I Copyright Warner Bros
Margot Robbie I Copyright Warner Bros

La passion comme damnation spirituelle

Ce qui rend Les Hauts de Hurlevent fascinant, c'est qu'il pose une question vertigineuse : et si l'amour absolu était une malédiction plutôt qu'une grâce ? Et si la fusion totale entre deux êtres n'était pas l'accomplissement spirituel rêvé, mais au contraire l'impossibilité même de toute évolution ?


Catherine et Heathcliff sont piégés dans une identification si totale qu'ils ne peuvent exister l'un sans l'autre, ni vraiment vivre ensemble. Leur amour n'est pas élan vers l'autre, il est capture, possession, dissolution des frontières. Ils ne s'aiment pas : ils se dévorent. Et cette dévoration mutuelle les condamne à une errance sans issue, prisonniers d'une incarnation qu'ils rejettent mais dont ils ne peuvent s'extraire.


Il y a quelque chose de profondément métaphysique dans cette impasse. Catherine et Heathcliff vivent leur amour comme une guerre contre les limites de l'existence humaine. Ils refusent les compromis, les adaptations, les renoncements que la vie en société impose. Mais ce refus absolu ne les élève pas : il les enchaîne. Leur passion devient prison, leur fusion devient étouffement, leur fidélité devient damnation.


Emily Brontë a écrit là l'une des plus puissantes méditations sur l'échec de l'amour romantique comme chemin spirituel. Heathcliff et Catherine ne transcendent rien : ils répètent, obsessionnellement, le même schéma mortifère. Leur histoire n'est pas celle d'un amour contrarié par le monde, mais celle d'un amour qui refuse le monde au point de se détruire lui-même.


C'est cette dimension que Fennell a toutes les chances de réveiller. Son regard, à la fois empathique et implacable, devrait permettre de filmer cette passion sans complaisance, de montrer la beauté terrible de cet amour maudit sans jamais le romantiser. Car Wuthering Heights n'est pas un plaidoyer pour l'amour fou : c'est son autopsie.


Margot Robbie , Jacob Elordi I Copyright Warner Bros
Margot Robbie , Jacob Elordi I Copyright Warner Bros

Un rendez-vous cinéma incontournable

Margot Robbie et Jacob Elordi incarneront Catherine et Heathcliff. Deux acteurs capables de faire affleurer la violence sous la sensualité, l'obsession sous l'amour. Robbie a déjà prouvé avec I, Tonya ou Barbie qu'elle pouvait porter des rôles complexes, ambigus, traversés de contradictions. Elordi, révélé dans Euphoria puis Saltburn, possède cette intensité sombre, cette capacité à jouer les zones troubles du désir et de la domination.


Sous la direction de Fennell, on peut s'attendre à un film visuellement somptueux, psychologiquement brutal, refusant toute facilité narrative. Un film qui ne cherchera pas à nous faire aimer ses personnages, mais à nous faire comprendre l'abîme dans lequel ils se sont jetés. Un film nécessaire, à l'heure où la culture populaire continue de célébrer l'amour passionnel sans interroger ses zones d'ombre.


Wuthering Heights sort le 11 février 2026. Un rendez-vous à ne manquer sous aucun prétexte pour tous ceux qui pensent que le cinéma peut encore nous confronter aux parts les plus énigmatiques de l'âme humaine.



Pour Diamont Média




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