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Festival de télévision de Monte-Carlo II

Festival de télévision de Monte-Carlo II

L’histoire continue avec les décennies du changement


Par Serge Leterrier

 

Deuxième partie Années 80/90

 

« La télévision passionne, les programmes captivent, la Principauté enchante… »

 

Voici la deuxième partie de ce voyage intemporel dans l’univers du Festival International de Télévision de Monte-Carlo. Je suis très heureux de vous accompagner sur ce tapis rouge et découvrir avec vous cette nouvelle période qui se distingue par la mutation en profondeur de ce nouveau média qu’est la télévision. Nous allons régler notre ligne temporelle sur les années 80 et 90, deux décennies déterminantes pour cet événement majeur et nous téléporter vers ces années qui  ont vu le festival se transformer et s’adapter aux évolutions rapides du paysage audiovisuel. Un rendez-vous obligatoire et incontournable  des  professionnels de cette industrie et des professions satellites.


Affiche 1999

Les années 80


Les années 80 ont été une période de transformation radicale pour la télévision française. L’élection de François Mitterrand en 1981 a déclenché une vague de changements dans le paysage médiatique, avec l’apparition de chaînes de télévision privées et l’arrivée d’une femme à la tête du journal de 20 heures. Des émissions cultes ont vu le jour, marquant une libération de l’information.

Le paysage audiovisuel a connu sa première grande mutation avec l’arrivée de Canal + en 1984, suivie de la création de la Cinq et de TV6 (qui deviendra M6) en 1987. Les émissions de variétés se sont multipliées et les animateurs, tels que Dechavanne, Ardisson et De Caunes, ont repoussé les limites de ce qui était possible à la télévision.

La privatisation de TF1 a marqué un tournant, la chaîne se consacrant désormais principalement au divertissement. Cette tendance s’est également manifestée dans d’autres pays européens, où la télévision privée a pris une place prépondérante, avec une priorité donnée au divertissement. Ainsi, cette décennie a redéfini le visage de la télévision telle que nous la connaissons aujourd’hui.

Cette période a  marqué une véritable renaissance pour les fictions télévisées. Avec l’apparition de la télécommande, du magnétoscope et des premières chaînes câblées, le comportement des téléspectateurs a radicalement changé, inaugurant l’ère du “zapping”. Face à une concurrence accrue, les chaînes ont dû innover pour répondre aux attentes d’un public de plus en plus exigeant.

 

Dans ce contexte de bouleversement mondial, le Festival de Télévision de Monte-Carlo a fait sa place sur ce marché international. Des figures emblématiques comme le réalisateur américain John Frankenheimer, plusieurs fois récompensé par des Emmy Awards, ont présidé le jury. Des personnalités telles que Fanny Ardant, Nina Campanez, Jeanne Moreau, Joanna Lumley et Edwige Feuillère ont célébré l’événement de leur présence.

 

Des émissions emblématiques françaises, italiennes, suisses et espagnoles sont présentées, et en 1984, la chaîne américaine TBS réalise une émission en direct de Monaco, marquant une première en matière de transmission par satellite.

 

La production de séries télévisées a également connu une évolution, avec l’apparition d’un style hybride mêlant des histoires complètes en un seul épisode et des intrigues s’étendant sur plusieurs épisodes. Cela a suivi la création de Dallas, le premier « night-time soap », annonçant l’arrivée de séries télévisées plus complexes dans les années 1980.

 

La télévision, au cœur de la révolution artistique et technologique, est devenue un élément central de l’économie internationale du divertissement, avec Monaco comme épicentre. En 1982, l’Institut National Audiovisuel (INA) a organisé trois jours de conférences lors du festival, devenant un rendez-vous annuel pour les professionnels du monde entier. En 1987, cet événement a pris le nom d’Imagina, se concentrant sur l’image de synthèse et les effets spéciaux.

 

Le Festival, en réponse à une demande croissante, créait le Marché International du Cinéma, de la Télévision et de la Vidéo. Un marché attendu qui a rapidement pris de l’ampleur. La compétition a suscité un grand intérêt, les responsables des télévisions internationales achetant les programmes primés à Monaco. De plus en plus de pays ont rivalisé pour présenter leurs productions, cherchant une reconnaissance internationale pour leur création.

En 1989, le Prince Héréditaire Albert II  prend la présidence du Festival.

Parallèlement, le premier marché européen de l’image de synthèse et des effets spéciaux pour le cinéma et la télévision a été lancé à Monaco. Cet événement a enrichi le salon international qui accueille des décideurs et des ingénieurs de divers secteurs venant découvrir des technologies avancées et rencontrer des professionnels.

La fin de cette décennie a été marquée par des événements géopolitiques majeurs, dont la chute des régimes communistes en Europe de l’Est et les manifestations de la place Tiananmen. Ces événements ont été largement diffusés à la télévision, devenant de puissants symboles mondiaux. On a pu y voir des images de l’établissement de la démocratie en Argentine après la guerre des Malouines, son retour en Bolivie, au Brésil et au Paraguay, les événements en Pologne et la création de Solidarnosc par Lech Walesa. Des événements tragiques tels que l’assassinat de John Lennon, la famine en Éthiopie, l’explosion de la navette spatiale Challenger et la catastrophe de Tchernobyl et j’en passe…

Des années  aussi turbulentes qu’innovantes ont clôturé cette décennie…


LL.AA.SS le Prince Rainier III et la Princesse Grace - Crédit Photo ©Festival de télévision de Monte-Carlo

Les années 90

 

Les années 90, surnommée “la décennie du changement”, a vu la télévision prendre une place prépondérante dans la société. En France, l’arrivée de l’audimat a intensifié la concurrence entre les chaînes privées. Ce média est devenue le sujet de conversation principal, avec une liberté de ton sans précédent et une montée en puissance des émissions de variétés.

Des personnalités telles que Thierry Ardisson, Philippe Gildas, Antoine de Caunes, Jean-Luc Delarue, Marc-Olivier Fogiel, Julien Courbet, Nagui, Arthur et Christophe Dechavanne ont marqué cette époque. De nouvelles chaînes, comme Cartoon Network, Série Club, Fun TV, Disney Channel, la Cinquième (aujourd’hui France 5), Jimmy, la chaine météo, Game One et M6 Music (qui deviendra W9), ont enrichi le paysage audiovisuel.

C’est également à cette époque que CNN a commencé à s’intéresser au marché européen, rompant son monopole dans la production internationale d’informations télévisées. Cette période  a vu le marché européen de l’information se structurer, avec l’émergence de chaînes d’information en continu comme Euronews, LCI, I-Télévision et CNews. Les chaînes câblées, comme HBO, ont commencé à produire leurs propres séries, souvent audacieuses et politiquement incorrectes, qui ont été très bien accueillies par la critique et le public.

Les dramas réalistes et sombres, comme Law and Order, ont dominé la tendance, tout comme les « teen dramas » centrés sur des adolescents, comme Beverly Hills 90210. Avec l’augmentation du nombre de postes de télévision par foyer et le nombre croissant de chaînes disponibles, les programmes sont devenus de plus en plus ciblés. Le  retour des grandes séries de science-fiction, avec de nombreux spin-offs de Star Trek et la création de X-Files. Les sitcoms, notamment Friends, sont restées très populaires. Enfin, la satire a trouvé sa place, en particulier dans les programmes animés comme The Simpsons et South Park.

 

Durant l’âge d’or de la télévision, le Festival de Télévision de Monte-Carlo a connu une popularité sans précédent, devenant un carrefour d’idées innovantes pour l’industrie du petit écran. Le Marché International du Cinéma, de la Télévision et de la Vidéo, qui rassemble la production télévisuelle mondiale, a connu un succès retentissant, attirant 3000 participants de 83 pays.

 

Malgré une édition 1991 perturbée par la guerre du Golfe, le festival a rapidement retrouvé son faste. Un nouvel espace a été créé pour les festivaliers sous la forme d’un paquebot, le « Corsica Victoria », ancré le long du quai Kennedy. Le Prince Héréditaire Albert II, président du festival, a surpris tout le monde en se présentant sur scène pour accueillir les jurys, aux côtés de l’icône de Cinecitta, Gina Lollobrigida.

 

Durant les années 90, le Festival de Télévision de Monte-Carlo a su allier l’aspect commercial à l’artistique, présentant des événements internationaux et des avant-premières telles que Marina’s Story, offrant un autre regard sur l’assassinat de JFK. La conférence de presse de David Lynch et la projection mondiale en avant-première de Twin Peaks ont fait sensation, tout comme le documentaire inédit sur les années de prison de Mandela.

En 1995, le comité d’organisation a créé une synergie entre le marché et le festival avec le 1er World Forum, un lieu de débat et de réflexion sur les sujets d’actualité de l’industrie de la télévision.

L’événement a également honoré les professionnels de l’industrie du divertissement et de la télévision en décernant la Nymphe d’Honneur. Après Jack Valenti, président de la Motion Pictures Association, c’est William Saunders, patron respecté de la 20th Century Fox, qui a été mis à l’honneur. D’autres dignitaires du secteur, tels que Michael Grade, PDG de la chaîne britannique Channel 4, et Christiane Amanpour, grand reporter international sur CNN, ont également reçu ce trophée pour leurs contributions exceptionnelles.

Dans ce laps de temps la France a remporté une Nymphe d’Or pour le film Parents à mi-temps avec Charlotte de Turckheim et Robin Renucci, une première depuis 1975 ! Les soap-operas, dont les sagas interminables inondent les petits écrans du monde entier, étaient également à la mode à Monte-Carlo. Des séries comme Les Feux de l’Amour  et Dynasty ont attiré un public de plus en plus nombreux.

 

le Festival de Télévision de Monte-Carlo a proposé un voyage dans l’univers d’Imagina, un événement coorganisé avec l’Institut National Audiovisuel. Pendant quelques jours, la Principauté s’est immergée dans les mondes virtuels, réunissant des professionnels de l’image de synthèse et des étudiants pour discuter de la formation en infographie, des nouveaux métiers, des marchés à pourvoir, et pour anticiper les filières de post-production.

Après les premiers concepts visionnaires, le temps est venu pour des applications concrètes, préfigurant des formes inédites de spectacles et de nouveaux types de jeux. Des projets universitaires d’envergure ont été présentés en exclusivité à Monte-Carlo, qui est devenu un véritable laboratoire de recherche où tous les pays confrontent leur talent.

L’événement des professionnels de l’image de synthèse le plus important d’Europe a continué de battre des records de fréquentation avec plus de 6500 participants en trois jours. La décennie s’est achevée sur une nouvelle initiative du Festival : la création du Prix du Producteur Européen dans la catégorie des programmes de fiction.

 

Dans cette dernière année avant le millénaire, toutes les nouveautés inscrites à ce 39ème Festival ont tenu leurs promesses. Un hommage grandiose a été rendu à Josée Dayan, et de nombreuses stars ont enrichi l’édition. L’édition, qui avait débuté par une projection en avant-première mondiale du film Rocky Marciano, s’est achevée en apothéose. Le Festival était à la veille de ses 40 ans, prêt à entrer dans ce que beaucoup considèrent comme le plus bel âge.

 

Affiche 1982

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01 juil.

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