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Festival de Télévision de Monte-Carlo

Festival de Télévision de Monte-Carlo

L’histoire d’un rendez-vous incontournable


Par Serge Leterrier

 

Première Partie Années 60/70

 

Je vous présente aujourd’hui un  autre festival que vous connaissez sûrement, mais qui mérite néanmoins d’être présenté à travers son histoire et son positionnement.

 

La Principauté de Monaco vient de fêter les  63 ans de son  Festival International de Télévision qui a eu lieu cette année du 14 au 18 juin 2024. Dans un décor de rêve, studios, chaînes de télévision, plateformes numériques et personnalités du monde entier se rassemblent pour plusieurs jours de festivités. Leur objectif ? Mettre en avant leurs programmes devant la presse et le public, et participer à la compétition renommée des Nymphes d’Or.

 

Voici l’histoire de cet audacieux festival organisé par la principauté de Monaco, à l’ombre du Rocher…


La Nymphes d’Or - Crédit Photo ©Festival de télévision de Monte-Carlo

« Par le nombre et la qualité de films qui s’y rencontrent, plus nombreux chaque année, le Festival de Télévision de Monte-Carlo est sans doute l’une des plus importantes manifestations de la télévision. De plus, cette confrontation internationale est aussi un congrès annuel d’écrivains et de techniciens, réunis dans son jury... » Marcel Pagnol

 

Les années 60

 

Un air de modernité souffle sur le Rocher et inspire le Prince Rainier III qui lance, en 1961 une initiative autant audacieuse qu’ambitieuse ;  le premier Festival International de Télévision de Monaco. Un projet visant à promouvoir l’information et le divertissement, tout en encourageant un nouvel art dédié à la paix et à l’harmonie.

 

« Quelle magnifique œuvre il reste alors à accomplir à ce moyen d’expression neuf qu’est la télévision ! Là où la diplomatie a peut-être échoué , l’art peut sans doute réussir… Et la télévision doit devenir cet art nouveau qui s’introduit partout... porteur d’un message de sincérité et de coopération… ». Le Prince Rainier III

 

Visionnaire, le Prince de Monaco, l’était certainement pour avoir eu cette idée folle d’organiser ce festival alors que la télévision était à son balbutiement… et l’’avenir lui donnera raison.

Dans les année 60, la télévision, ce nouveau média, doit être inventée et créée. Sous l’influence du cinéma et inspirés par la culture de chaque pays, les programmes commencent à se diversifier. De nouvelles émissions, des séries et la publicité émergent, tout comme le « carré blanc », qui signale les programmes avec réserve. Bien que de nombreux pays produisent des séries de qualité, la domination des États-Unis, du Royaume-Uni et de la France est indéniable.

 

Cette période  voient l’invention de nouveaux équipements qui vont révolutionner la télévision, comme le magnétoscope, la télécommande et la couleur ! Le téléviseur devient omniprésent dans le débat public et les foyers, offrant une fenêtre sur le monde. Et c’est à Monaco que l’on peut le mieux observer ce phénomène !

 

Un défilé de personnalités prestigieuses marque le Festival de Télévision de Monaco, avec des speakerines comme Denise Fabre, Jacqueline Huet et Anne-Marie Peysson, et des figures éminentes du petit écran, de la littérature, du journalisme et du cinéma. Sous la présidence de Marcel Achard, le festival met en lumière des productions tchécoslovaques surprenantes, doublement récompensées.

 

Des étoiles comme Maria Callas, Gene Kelly, Yul Brynner, Claudia Cardinale, Martine Carol, George Hamilton, Léon Zitrone, John Crosby, Vittorio de Sica, Pierre Lazareff, Michèle Mercier, Jane Fonda, Jean-Claude Drouot, Jean-Christophe Averty, Françoise Fabian, René Clément, Goscinny, Roberto Rossellini, Jean Seberg, Sophia Loren, Carlo Ponti, et Sir Lawrence Olivier, récompensé pour son rôle dans The Moon and Sixpence, illuminent le ciel monégasque.

 

Les soirées sont festives, avec Marlène Dietrich qui chante, Gina Lollobrigida qui applaudit, et Marie Laforêt qui enchante les invités. Le gala est diffusé en direct sur Télé-Monte-Carlo, en Belgique et en Espagne, et en différé en Suisse et à la Télévision Française.

 

Le Prince Rainier III et la Princesse Grace accueillent le gratin du monde culturel international. La Principauté devient le centre de la télévision mondiale. En 1964, un système de traduction simultanée est introduit, et la cinquième édition  présente en avant-première des programmes en couleurs et des démonstrations techniques du procédé français SECAM.

 

La 6ème édition du Festival de Télévision de Monte-Carlo, qui se déroule en 1966, est marquée par une ambiance festive. C’est l’année où la Principauté, qui a plus de 750 ans, célèbre le centenaire de Monte-Carlo. Le festival, encore jeune, démontre son ambition en accueillant une multitude de nations et en présentant des œuvres de qualité exceptionnelle. Sous la présidence du charismatique Peter Ustinov, 65 programmes sont présentés, attestant de la présence de l’élite mondiale de la télévision.

 

C’est également la première année où un jury de téléspectateurs suit les projections, permettant au public d’exprimer son opinion grâce à un prix spécial. Pour la première fois, les œuvres en couleurs concourent aux côtés des productions en noir et blanc pour les Nymphes d’Or. Huit programmes sont présentés sur les écrans couleur du Palais des Congrès, produits par l’URSS, la Belgique, la Tchécoslovaquie, l’Allemagne de l’Est et la France. L’Union Soviétique se distingue en remportant le Prix de la Meilleure Production en couleurs pour le programme Moscou.

 

Le festival, qui se déroule sur deux semaines entre fin janvier et début février, attire de plus en plus de journalistes du monde entier. De nombreux programmes primés à Monte-Carlo sont également reconnus aux Emmys américains. Cette édition marque un tournant dans l’histoire du festival, qui s’achève par un dîner joyeux dans la somptueuse résidence de Francis Blanche, à Èze. Le Festival de Télévision de Monte-Carlo démontre ainsi son importance et sa pertinence, en offrant une plateforme pour les professionnels de la télévision du monde entier pour comparer leurs techniques et styles de production.


Première affiche (1961) - Illustrateur : H. Rigal - ©Festival de télévision de Monte-Carlo

Les années 70

 

Cette décennie est marquée par d’importantes transformations dans le paysage télévisuel. En France, une nouvelle chaîne voit le jour, basée sur le concept de régionalisation, et l’introduction de la publicité de marque va façonner la télévision telle que nous la connaissons aujourd’hui. C’est aussi l’époque de l’éclatement de l’ORTF.

 

Dans le sillage de l’effervescence post-68, le ton de la télévision change, la parole se libère et les femmes commencent à jouer un rôle plus important. Les années 70 sont une période de changements décisifs pour la télévision. Alors que les années 50-60 étaient axées sur la promotion du média, ces années voient l’émergence de chaînes qui comprennent l’importance de communiquer leur identité. Les téléspectateurs deviennent des partenaires actifs, formant des communautés autour de certaines chaînes et programmes.

 

La programmation évolue également, avec la création d’une grille qui structure le temps des téléspectateurs. Les heures de diffusion s’étendent considérablement, passant d’une concentration en soirée à une couverture de toute la journée, avec l’introduction de nouvelles émissions et jeux.

 

Enfin, les séries télévisées de cette époque reflètent une société en pleine évolution, avec des combats pour l’égalité des races et des sexes, le phénomène de Dallas et l’apparition des super-héros. C’est véritablement l’ère de l’après-68 !

 

La télévision, miroir d’une société en mutation, reflète les mouvements de protestation mondiaux pour la démocratie, la liberté et la paix, comme ceux contre la guerre du Vietnam aux États-Unis. Les Jeux Olympiques de Mexico sont marqués par le geste symbolique des athlètes noirs américains Tommie Smith et John Carlos, un moment immortalisé par la télévision.

 

Le féminisme fait son entrée sur le petit écran, avec l’arrivée des Charlie’s Angels et de Super Jaimie en 1976. Les séries Vegas, Starsky & Hutch et Mannix battent des records d’audience. Les Formula shows, séries basées sur un concept répété d’épisode en épisode, deviennent populaires.

 

Le Festival de Monte-Carlo accueille des grands noms comme Vittorio de Sica, réalisateur du célèbre film Le voleur de bicyclette, et continue d’attirer des vedettes comme Eddie Albert, Jeanne Moreau, Jean Piat, Nicole Courcel, Marie-Christine Barrault, Daniel Gélin, Macha Meril, Annie Girardot, Claudia Cardinale, et bien d’autres.

 

En 1972, le jury est rejoint par l’historien Alain Decaux et une mention spéciale est décernée au jeune réalisateur prometteur Steven Spielberg pour son film Duel. Cette décennie marque un tournant dans l’histoire de la télévision, avec l’émergence de nouvelles voix et de nouvelles formes de narration.

 

La star incorruptible Eliot Ness, interprétée par Robert Stack, dirige la compétition en 73, tandis que Karl Malden quitte ses Rues de San Francisco pour présider le jury du Festival de Monte-Carlo en 1975. Gilbert Bécaud et Joséphine Baker éblouissent le gala, tandis que les VIPs circulent dans des véhicules gracieusement fournis par la Régie Renault.

Cet événement  attire chaque année des personnalités du monde des arts, des lettres et de la télévision, connaît une transformation spectaculaire au début de cette décennie. Les demandes d’accréditation affluent du monde entier, et la compétition évolue pour accepter des programmes inédits. En 1972, un prix est attribué pour la première fois au « Meilleur Film de Série ».

 

Il accueille Franck Shakespeare, directeur de l’United States Information Agency, qui considère le Festival de Monte-Carlo comme le plus important du monde. La Zambie et le Gabon participent pour la première fois au Festival, qui présente 72 programmes en compétition pour sa 12ème édition.

 

À la demande du Prince Rainier, un nouveau prix est créé lors du 13ème Festival pour récompenser un programme traitant de la « défense de la nature et de l’espèce », un sujet d’actualité brûlante à l’époque.

 

En 1974, une édition spéciale du Festival coïncide avec le 25ème anniversaire du règne du Prince Rainier III. Dans cette atmosphère festive, le Prince honore Henri de France, l’inventeur du procédé SECAM, et Marcel Bezencon, Président de l’Union Européenne de Télévision, ainsi que la NASA pour leur contribution exceptionnelle à la télévision.

 

Cette année-là, le festival inaugure un service d’échange de programmes, permettant aux chaînes accréditées de visionner les programmes en privé. La compétition est présidée par la Comtesse Marianne Bernadotte, icône de la mode et philanthrope, aux côtés de personnalités renommées comme l’acteur américain Greg Harris de Mission Impossible et la romancière Suzanne Prou, lauréate du Prix Renaudot.

 

Des épisodes inédits de séries à succès comme Les Rois Maudits sont projetés, et Marie-Christine Barrault présente en avant-première une dramatique de grande qualité, L’enlèvement. Les journalistes réalisent des interviews en direct et les journaux télévisés sont diffusés depuis la Principauté.

 

Le Festival de Télévision de Monte-Carlo, plus que jamais, rassemble l’élite de la télévision internationale et se positionne comme un vivier de talents émergents, encourageant un nouvel art dédié à la paix et à l’harmonie, comme le souhaitait son fondateur, le Prince Rainier III.

LL.AA.SS le Prince Rainier III et la Princesse Grace, Marcel Achard Crédit Photo ©Festival de télévision de Monte-Carlo

En attendant de parcourir les autres décennies.

 

Ainsi se termine notre voyage à travers les années 60/70, deux décennies de transformations et d’innovations dans le monde de la télévision. A la semaine prochaine  pour la deuxième partie de cet article (qui en compte 3) où nous explorerons les décennies suivantes et leur impact sur l’évolution de la télévision.


Que ce pan d’histoire révèle en vous le meilleur de la télévision et le progrès réalisé à partir des années 50, juste après la Seconde guerre mondiale.

 


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